Tout d’abord, rappelons qu’il existe des lois protégeant le président, mais également ces ministres. Par exemple, il y a la loi sur la liberté de la presse datant de
1881… On a ainsi l’«outrage à la fonction de président de la République», mais également l’« outrage à personne dépositaire de l’autorité publique »…
Retour sur les faits.
Nous sommes le 23 février 2008 au salon de l'agriculture à Paris.
Notre Président prendre un bain de foule.
Il sert la main dans la cohue de toutes personnes proche de lui…
Soudain, un visiteur d'un certain âge lance un : «ah non, touche-moi pas…»
Et là, ça dérape… :(
Nicolas Sarkozy répond : «Casse-toi alors…».
Le visiteur enchaîne par un : «Tu me salis» !
Le Président conclue par un : «Casse-toi alors, pauvre con»…
Il y a plusieurs points importants à détailler dans cette altercation.
Les médias sont maintenant partout… Big Brother, c’est nous !
Cela donne un contre-pouvoir efficace (en tout cas plus que l’opposition), mais aussi un contre-pouvoir qui peut être dangereux…
Grâce aux nouveaux moyens d’enregistrement (36 millions de téléphones portables dispose d’une fonction vidéo en France) et de diffusion des informations, on peut
montrer les problèmes et/ou contradictions d’une politique, d’une personnalité, etc.
Cependant, ces images peuvent être détourné dans le seul but de nuire… Et avec une presse de plus en plus en mal de scoop, on pourrait hélas voir de vieux démons
resurgir.
Rappelons qu’en novembre 1936, Roger Salengro, ministre de l'Intérieur du Front populaire, s'était suicidé après une campagne de dénigrement dans la presse d'extrême
droite…
Pierre Bérégovoy, Premier ministre de François Mitterrand, s'est donné la mort le 1er mai 1993 après la défaite de la gauche et l’acharnement de la
presse… :(
Pour finir ce premier point, je préfère finir sur l’aspect positif : Contrôler la réalité. Un peu comme le fait CopWatcher aux États-Unis
(http://www.copwatcher.f2s.com/).
Un président peut-il insulter un français ?
Je trouve que la réaction de notre président est incompréhensible.
La réaction qu’a eu Nicolas Sarkozy n’est pas du niveau d’une personnalité politique.
Certes, une insulte sera toujours moins forte que la baffe de Bayrou, il n’en reste pas moins une insulte et ce malgré le calme relatif de sa
réponse.
Notre président a décidé d’être plus présent, plus visible pour les français. C’est un choix que j’approuve (Nous avons élu un président. Ce n’est pas à un ministre
nommé ce choisir la politique à mettre en place). Mais cette proximité le rend plus facilement accessible et donc plus facilement attaquable…
C’est pour cela qu’il aurait du se préparer à ce genre d’attaque pour avoir une réponse qui reste dans son style, incisif et directe, mais qui soit d’un niveau
supérieur. Une réponse à la Chirac ("Moi c'est Jacques Chirac. Enchanté") aurait eu plus de classe et serait resté plus incisif…
Le caméraman était-il en embuscade ?
C’est Stéphane Puccini, du collectif Youpress, qui a filmé la scène. Voici un extrait de son témoignage : «J’ai donc décidé de proposer les images au
parisien.fr, parce qu’un des membres du collectif a des contacts là-bas. Le succès de la vidéo est très impressionnant. Nous n’étions pas du tout venu pour cela, mais pour prendre des images de
Sarkozy serrant des mains d’exploitants. Je suis très étonné qu’un simple écart de langage fasse autant de bruit.»
Que faisait ce visiteur ici ?
Il faut être clair. Dans un salon aussi grand que celui-ci, n’importe qui n’aimant pas une personnalité à la possibilité d’éviter une personne ou du moins de s’en
écarter.
Dans une cohue, il ne me viendrait pas à l’esprit de faire en sorte d’être sur le passage d’une personnalité que je n’aime pas. Pourquoi vouloir s’approcher alors
que 500 personnes poussent pour pouvoir s’en approcher ?
Ce visiteur était là pour une seule et unique chose : provoquer, insulter notre président.
Je voudrais également revenir sur ce qu’a dit ce visiteur.
Sa première phrase est de la provocation («ah non, touche-moi pas…»).
Sa seconde est une insulte («Tu me salis»).
Certains disent que cette insulte est moins forte que « pauvre con »…
Elle est peut-être moins vulgaire, pour autant je la trouve beaucoup plus forte !
La preuve ? Comment aurais réagit SOS Racisme si ce visiteur aurait prononcé cette insulte à une personne de couleur ?
Nicolas Sarkozy a-t-il des regrets ?
Voici ces dernières déclarations : «Il est difficile même quand on est président de ne pas répondre à une insulte. J'ai sans doute les défauts de mes
qualités. »
La phrase suivante est le centre d’une nouvelle polémique : « Cela étant, j'aurais mieux fait de ne pas lui répondre».
Elle est le signe d’un regret, ce qui est une bonne chose…
Seulement, elle n’aurait pas été prononcée par lui…
En effet, cette phrase aurait été rajoutée par l'Elysée dans le texte de son interview…
Ce qui est étrange, c’est que le directeur de la rédaction du Parisien (à l’origine de l’interview) prétend qu’il n’avait pas vu ce rajout…
Avant la publication, le texte de l'entretien a été envoyé à l'Elysée qui, comme toujours dans ce genre d’exercice, effectue une «vérification» avant publication… Le
problème serait que les conseillers du Président auraient complété la réponse faite par notre Président… L'interview aurait alors été mis sous presse sans relecture, car livré «au-delà des délais
de bouclage»…
Pourtant, cette phrase rajouté n’est ni plus ni moins dans le titre de cette interview !
Comment peut-il oser nous dire qu’il ne savait pas ???
Surtout qu’en réalité, la rédaction en chef a un temps envisagé de ne pas publier le texte ou de publier "en parallèle" les deux versions…
Quoiqu’il en soit, ce mercredi sera publié la version non amendée de l'entretien…
En fait, ce n’est qu’un coup de pub médiatique !
Voici les traductions de la réponses de Nicolas Sarkozy à l’étranger :
- Sur le site de la BBC (Royaume-Uni), la
classe toute britannique: «Va-t’en, espèce d’imbécile d’heureux» («Get lost then you bloody idiot, just get lost!»)
- Sur le site de «Times» (Royaume-Uni), une version édulcorée: «Va te faire bip, triple buse» («P*** off, stupid sod»)
- Sur le site de «Die Welt»
(Allemagne): «Barre toi, tête de con» («Hau ab, du Dummkopf»)
- Sur le site d’El Pais (Espagne): «Tire-toi de là, pauvre couillon!» («¡Pírate, pobre gilipollas!»)
- Sur le site Clarin (Argentine), la version sophistiquée: «Dégage, pauvre demeuré» («Rajá, pobre pelotudo»)
- Sur le site du New York
Times (Etats-Unis), qui reprend la dépêche signée Associated Press: «Alors barre-toi, abruti fini» («Then get out of here, you total jerk»)
Les précédents concernant Nicolas Sarkozy (Dans les deux premier cas, il n’y a eu «aucune plainte du ministre, ni es-qualité ni à titre privé») :
- 31 janvier 2004 : Un manifestants a lancé à Nicolas Sarkozy : «retourne en Chine, espèce de Hongrois», et tenu des
propos plus grossiers à son encontre et celui de la police. Il a été jugé en comparution immédiate et condamnée à un mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris.
- 7 février 2004 : Un homme de 21 ans lance : «Sarkozy, va nicker ta mère!»…
Il sera immédiatement interpellé par la police et placé en garde à vue, puis condamné à un mois de prison ferme comparution immédiate le 11 février.
- Janvier 2007 : Un jeune de 19 ans lance : «Je nique Sarko, le fils de pute!». Il sera condamné à quatre mois de prison ferme en août 2007.
- Novembre 2007 : Six hommes ont été condamnés à des peines de détention allant de trois mois avec sursis à six mois ferme pour avoir réalisé un clip pendant
les émeutes de 2005, dans lequel certains d'entre eux proféraient des insultes à l'égard de Nicolas Sarkozy autour d'une voiture en flammes à Elancourt (Yvelines)…
- 6 novembre 2007 : Lors de sa visite aux marins pêcheurs du Guilvinec, Julien Guillamet, 21 ans, un marin pêcheur, l’avait insulté. Notre président avait
répliqué par : «C’est toi qui as dit ça ? Ben descends un peu le dire, descends un peu…».
Ce dernier avait répliqué : "Si je descends, je te mets un coup de boule"… Il fut alors arrêté par les services de sécurité… Pas de prison pour lui, il fut même
invité à l’Élysée …
Les temps ont changé.
Peut-être que notre visiteur finira lui aussi en visite à l’Élysée… ;)