Retour sur la libération des infirmières bulgares

Publié le par Geoffroy, Bloggeur UMP

Les infirmières Kristiana Valtcheva, Nassia Nenova, Valentina Siropoulo, Valia Tcherveniachka et Snejana Dimitrova, ainsi que le docteur Achraf Joumaa Hajouj (palestinien) avaient été arrêtés en 1999.
Ils étaient accusés d’avoir inoculé en toute connaissance de cause le virus du sida à 438 (dont 56 sont morts) enfants libyens dans un hôpital pour enfants de la ville de Benghazi au début des années 1990, où ils travaillaient.
Les six détenus ont été condamnés à mort par la justice de la Libye en décembre 2006.
Le Haut Conseil judiciaire libyen a ensuite commué en prison à vie leurs condamnations à mort.
La raison ? Les familles des enfants contaminés ont reçu des indemnités (versé principalement par le Qatar) de 598 millions de dinars libyens, soit 461 millions de dollars (335 millions d'euros) via le fonds international de Benghazi mis en place par la Fondation Kadhafi.
Ils auront passé huit ans de détention en Libye alors qu’ils ont nié en bloc les accusations portées contre eux, affirmant que les conditions d'hygiène déplorables à l'hôpital de Benghazi étaient à l'origine de la contamination. De plus, ils affirmaient que leurs supposés aveux leur avaient été extorqués sous la torture…

Ils ont pu bénéficier d’une extradition, conformément à un accord bulgaro-libyen de 1984. Peu après leurs arrivés en Bulgarie, le président bulgare a officiellement gracié les soignants.
 
Cette libération a été possible grâce à la Commission européenne (en particulier, son président José Manuel Borroso et la chargée des relations extérieures, Mme Benita Ferrero-Waldner).
 
 
Mais la question que tout le monde s’est posé, est de savoir quel a été le rôle de Cécilia Sarkozy.
 
La Constitution française n'accorde aucun rôle ni statut au conjoint du chef de l'État. Danielle Mitterrand avait des petites intrusions dans la diplomatie française, en faveur des Kurdes, dans le cadre de sa fondation France-Libertés.
Bernadette Chirac était dans la collecte humanitaire des pièces jaunes.
N’est-il pas tant de prévoir un rôle d’ambassadrice de la paix ou autre (action humaine, humanitaire, sociale, etc.) ?
 
 
La question que beaucoup se pose est de connaître les contreparties que la Libye a obtenues pour cette libération.
Officiellement, elle prévoit une aide médicale européenne à la Libye (en particulier pour l'hôpital de Benghazi - la formation de 50 à 60 médecins, le financement de l'ensemble des équipements administratifs, médicaux, et la gestion complète de l'hôpital pendant cinq ans) ainsi qu'un chapitre sur les relations politiques.
 
Mais officieusement que ce cache t’il ?
Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi ont tout deux beaucoup à gagner dans ce dossier, tant en termes de contrats que de prestige personnel.
Coté géopolitique, la France à besoin de Tripoli en Afrique. Pour Tripoli, cette affaire aurait permis de rappeler qu’elle a officiellement arrêté son programme nucléaire militaire en 2003 et s’engage dans la voix de la paix…
 
La Libye est colossalement riche (en pétrole) et a besoin de tout reconstruire (car sortant d'un long embargo jusqu’en 2004). Routes, trains, avions, infrastructures pétrolières, portuaires, touristiques, services, équipements militaires, etc.
Et dans ces secteurs, la France à beaucoup à offrir.
 
Une intention d’achat avec Airbus portant sur six longs courriers A350 ? Elle date du mois de juin.
 
Le contrat de ventes d'armes (des missiles Milan pour 168 millions d'euros et un système Tetra de communication radio pour 128 millions d'euros) signé entre le groupe européen EADS et la Libye. EADS était en discutions depuis 18 mois sur ce projet… Mais n’y a-t-il pas eu un coup de pouce ?
De plus, la Libye serait intéressée par les Rafale français (pour remplacer ses Mirage F1 datant des années 70 ? Qui seront néanmoins modernisé par Dassault…)
La DCNS (naval) se tient prête à répondre à des appels d'offres (Corvette et Frégates, et sous-marins Scorpène et SMX-23).
Thales et EADS restent prêts à vendre des hélicoptères de combat (Tigre) et de transport de troupes et de matériels (le futur NH 90)…
 
La livraison par la France d'un réacteur nucléaire à la Libye est une hypothèse – un « mémorandum d'engagement » (Bien qu’en 2006, Paris et Tripoli avaient signé un protocole d'accord dans le domaine de la recherche nucléaire civile…). L’accord n’est pas signé, mais fait-elle parti de l’accord ? Où est-ce simplement un acte commercial ? A quel prix sera-t-il vendu ?
Alors, certes, le réseau "Sortir du nucléaire" pique sa crise. Mais c’est plus pour ne pas vendre du nucléaire que de savoir s’il y a un accord sous-jacent…
Mais ils oublient l’objectif de cette centrale : la désalinisation de l'eau de mer (Un réacteur nucléaire a une fonction basique, chauffer de l'eau. En s'évaporant, celle-ci peut faire tourner une turbine, qui produit de l'électricité, comme dans une centrale hydraulique. Il est également possible de dessaler l'eau grâce à l'évaporation.)
De plus, cette centrale si elle se construisait serait contrôlée par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). De plus, Tripoli ne pourra pas passé du nucléaire civil au nucléaire militaire. Tout simplement parce qu’elle n’aura pas les centrifugeuses pour le faire. En effet, elle devra acheter de l'uranium enrichi sur le marché international…
Pour de nombreux spécialistes, le danger est minimum. En effet, la coopération est exemplaire entre la Libye, l'AIEA et les gouvernements britannique et américain depuis 2003.
 
Mais, n’y a-t-il pas des contrats à venir qui font parti de l’accord ?
Comme par exemple des contrats dans la construction. Vinci termine ces jours-ci un contrat dans le cadre de la « Grande Rivière », un projet de pompage d'eau.
A moins que ce soit un accord pour l’implantation de société agroalimentaire ? Ou la finance, où BNP Paribas a remporté il y a peu l'appel d'offres sur la privatisation de la Sahara Bank.
 
Peut-être que tous ces contrats ce concluent maintenant, simplement parce que si la Libye ne s’était pas racheter une image, les critiques auraient été encore plus vive ?
 
Ou peut-être que le seul accord est simplement de pouvoir retrouver une image sur la scène international pour attirer des touristes (le pétrole ne sera pas éternel…). Actuellement, 300.000 touristes se rendent en Libye chaque année contre six millions pour le Maroc ou la Tunisie…
 
 
Pour finir cet article, notons que le Parti socialiste a réclamé que la clarté soit faite sur les contreparties demandées par Kadhafi. Leur demande a été entendue. Une commission d'enquête vient d’être créée. Elle comporte 30 députés (17 UMP, 11 PS, 1 Gauche démocratique et républicaine et 1 Nouveau Centre). Pierre Moscovici (PS) devrait la présider. Une ordonnance de 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires précise que «toute personne dont une commission d’enquête a jugé l’audition utile est tenue de déférer à la convocation qui lui est délivrée, si besoin est, par un huissier ou un agent de la force publique». La personne qui s’y refuse est passible d’un emprisonnement de deux ans et d’une amende de 7500 euros. Seul le président de la République n’y est pas obligé (article 67 de la Constitution). Notons que c'est la première fois dans l'histoire du Parlement, sous la Ve République, qu'une commission d'enquête parlementaire a pour objet une question internationale.
 
 
P.S. : Les infirmières et le médecin n’ont pas perdu le nord malgré leurs huit ans d'emprisonnement. A peine deux semaines après leur sortit, ils ont signés les droits d'adaptation de leur tragique aventure…
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Publié dans Géopolitique

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